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Slogans provocants des lycéens : pourquoi les ados choisissent de choquer, et ce que cela dit de leur colère

Dans les cortèges lycéens, les pancartes trash se multiplient. Les ados expliquent pourquoi, et ce que les parents peuvent en retenir pour en parler.

La rédaction Enfants K'dos Publié le 5 min
Pancartes en carton griffonnées appuyées contre le mur d'un lycée, un adulte en jean quittant le cadre

Votre ado défile ou songe à le faire, et les pancartes que vous voyez passer sont crues ? À Rennes, des lycéennes de 15 et 16 ans l'assument : choquer sert à être retenues. Derrière la provocation, elles parlent d'emplois du temps, de salaires, d'aides au logement. Voici ce qu'elles disent, et comment en discuter.

En bref

  • Des dizaines de milliers de lycéens mobilisés brandissent des pancartes crues dans les cortèges et devant les lycées bloqués.
  • À Rennes, lycéennes et étudiantes assurent que le choc est voulu : un message trop sage ne serait pas retenu.
  • Chaque slogan porte une revendication : journées de 8 heures à 18 heures, salaires des enseignants, aides au logement.

Le chiffre clé : Plus de 10 000, personnes dans le cortège rennais où ces slogans ont été relevés.

Choquer pour être retenu : la stratégie assumée des lycéennes de Rennes

Le carton levé au-dessus de la tête, c'est un classique des manifestations. Ce qui frappe cette fois, c'est le ton. Depuis le début du mouvement, des dizaines de milliers de lycéens défilent ou bloquent leurs établissements, et beaucoup de messages sont volontairement crus, parfois franchement vulgaires.

À Rennes, mardi, des élèves de première du lycée Descartes, âgées de 15 et 16 ans, défilaient pour la plupart pour la première fois. Leur explication tient en une idée : un slogan sage ne reste pas en tête. « Si on veut être entendues, il faut que ce soit choquant, il n'y a que ça que les gens retiennent », dit Anthéa. Elle n'a pas inventé la formule de la pancarte, mais elle l'approuve.

Même logique chez trois étudiantes en école d'architecture croisées plus loin : « Un message trop basique, ça ne marche pas. Il faut choquer si on veut faire réagir et se faire entendre. » Pour elles, la provocation est un outil de visibilité, pas un but en soi.

Chaque pancarte choc cache une revendication très concrète

Les jeunes interrogés insistent : la forme choque, mais le fond est précis. Voici ce que mettent en avant les trois groupes rencontrés à Rennes.

QuiCe qu'ils dénoncent
Lycéennes de premièreDes journées de 8 heures à 18 heures, avec des heures de trou
Lycéen du privé, fils d'enseignantsLes salaires des professeurs
Étudiantes en école d'architectureLe besoin d'APL, pour acheter du matériel dans une école sans moyens

Anthéa détaille son quotidien : elles sont mineures, et on leur fait faire des journées de 8 heures à 18 heures. Certains jours, elle a trente minutes pour manger mais deux heures de trou. « C'est pas normal », juge-t-elle.

Pour les étudiantes, le besoin est matériel. Pour Raphaël, scolarisé dans le privé, l'enjeu touche sa famille : ses parents sont enseignants, et il dénonce « les salaires de misère » de parents « qui passent leurs vacances à bosser ».

Vulgaire peut-être, mais sans haine : la limite que les jeunes disent se fixer

Les étudiantes assument : « C'est trash, un peu vulgaire, mais ce n'est pas méchant. Il n'y a aucune incitation à la haine, aucune méchanceté. » Raphaël tient la même ligne.

« Je n'insulte personne, je veux juste que ça marque les esprits. »

Raphaël, lycéen à Rennes

Tout n'est pas aussi tranché. Une manifestante qui brandissait le même message que Raphaël, gênée, n'a pas voulu s'exprimer. Et devant un autre slogan, très cru lui aussi, les journalistes sur place n'ont pas compris le propos. Le choc ne garantit donc pas que le message passe.

Une mère de famille a soutenu l'idée venue de ses enfants

Les ados ne sont pas seuls. Dans le cortège rennais, qui a réuni plus de 10 000 personnes, Floriane, mère de trois enfants dont deux au lycée, portait une pancarte multicolore au message cru. « Ce sont mes enfants qui ont eu l'idée. Moi, ça me va bien. C'est un message frappant, au moins les gens le voient et peuvent y réfléchir. »

Elle est venue soutenir le mouvement lycéen : selon elle, les jeunes ont besoin « que les choses bougent », et il est primordial que des adultes se mobilisent aussi. Elle évoque la répression à laquelle ils doivent faire face. Son regard montre une posture possible pour un parent : séparer le style du slogan de la cause qu'il défend.

Trois réflexes pour en discuter avec votre ado, tirés de ces témoignages

Ces témoignages ne disent pas aux parents quoi penser des slogans. Ils donnent en revanche des pistes pour ouvrir la conversation.

  • Demandez d'abord la revendication. Dans chaque cas, un sujet précis se cachait derrière : emploi du temps, salaires, aides au logement.
  • Demandez pourquoi ce choix de mots. Les ados ont une réponse construite : être retenus, être entendus.
  • Parlez de la limite. Eux-mêmes disent refuser la haine et la méchanceté. C'est un point d'appui pour discuter de ce qui est acceptable et de ce qui ne l'est pas.

Si votre ado défile pour la première fois, comme la plupart des lycéennes rencontrées à Rennes, la discussion peut aussi porter sur ce qu'il ou elle en attend.

Vos questions

Pourquoi les lycéens choisissent-ils des slogans aussi crus ?

Ceux croisés à Rennes répondent que c'est pour être retenus. Selon Anthéa, il faut que ce soit choquant, car c'est ce que les gens retiennent. Des étudiantes ajoutent qu'un message trop basique ne marche pas.

Ces adolescents cherchent-ils à insulter quelqu'un ?

Ceux interrogés disent que non. Raphaël affirme n'insulter personne, et trois étudiantes parlent de messages sans incitation à la haine ni méchanceté. Un message peut toutefois mettre mal à l'aise : une manifestante a refusé de s'exprimer.

Un parent peut-il soutenir ces manifestations ?

Floriane, mère de trois enfants, est venue soutenir le mouvement lycéen à Rennes, avec une pancarte née de l'idée de ses enfants. Elle estime que les jeunes ont besoin du soutien des adultes. Chaque famille reste libre de sa position.

Sources : 20 Minutes.

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